A l’Assemblée Nationale, aujourd’hui le sexisme est à l’honneur. Dans un hémicycle composé à près de 75% d’hommes (source : assemblee-nationale.fr), on débat sur les règles, on s’esclaffe sur les tapons, et on disserte sur les gonzesses. Le tollé de la journée (qui est actuellement en train de ravager Twitter) provient du rejet de la demande des députés socialistes. La demande ? Appliquer le taux de TVA de 5,5% – réservé aux produits de première nécessité – aux produits de protection hygiénique féminine.

C’est bien connu, les gonzesses, ça dépense sans compter

femme

Parce que voyez-vous, actuellement, tampons, coupes menstruelles et serviettes sont soumises à la douloureuse TVA de 20%. Déjà qu’avoir ses règles, ça énerve tout le monde (le mari, la femme, les gosses), ça creuse en plus un sacré trou dans le budget. Oui, oui, un énorme trou même. A croire qu’il s’agit d’une simple mise en abîme de la condition féminine. Quelques chiffres :

Serviettes – la base

 

  • Les serviettes « pouce » taille « normale » de chez Auchan. D’énormes couche-culottes dégueulasses qui donneront immédiatement l’impression que t’as mal digéré ton café du matin = 0,99€ les 20.
  • Les serviettes « Auchan marque » taille « normale ». Que même si c’est pas trop gros, ça fuite dans tous les sens = 1,28 les 18 (Notons que pour les dames qui pissent le sang, les « plus » sont à 1,35€… LES 16!)
  • Les serviettes « Nana ulta » taille « normale ». Que là, tu commences à avoir un peu plus confiance en ton slip = 1,64€ les 14.
  • Les serviettes « Alway ulta » taille « normale ». Qu’effectivement c’est d’la bonne cam’, sauf que tu commences à te dire que ton string coûtait presque moins cher = 2,50€ les 14.

Source : Auchandrive.fr // A noter que l’on ne parle QUE de taille « normale », sans parfum, ni confort autre…

 

Tampons – la base

 

  • Tampons « pouce » = N’existent même pas. C’est tellement de la merde « pouce », qu’ils n’osent pas nous fourrer ça dans le vagin, de peur que l’on se choperait un joli « syndrome du choc toxic ». Vous chercherez, c’est pas beau du tout.
  • Tampons « Auchan marque » taille « normal » avec applicateur = 1,64€ les 16. Que j’peux vous dire qu’avec eux, comme disaient Les Nuls t’as pas « intérêt à avoir la chatte en papier crépon ». Parce que ça arrache les mycoses, j’te l’dis !
  • Tampons « Net » sans applicateur taille « mini » = 2,42€ les 24. A savoir que « mini », c’est pour les gamines de douze ans, ou les pré-ménauposées. Pas franchement le gros de ta consommation en tant que femme, hein.
  • Tampons « Tampax » classic, super plus, applicateur = 3,11€ les 20.

Source : Auchandrive.fr // A noter que pour les tampons, il y a « avec ou sans applicateur » (le prix variant en fonction, évidemment), « compact ou non » (idem), « qui s’adapte au corps » (oui parce que ça serait con de le faire de base). BREF : le tampon est l’ennemi N°1 des économies en période de « ragnagna ».

 

Tous ces chiffres vous donnent le tournis ? C’est normal. C’est pareil pour moi. Je vais tenter de clarifier au mieux les choses pour vous permettre de comprendre l’idée :

Si une femme a ses règles tous les mois, pendant – en moyenne – cinq jours.
Si elle utilise trois serviettes par jour.
Si elle change son tampon toutes les quatre heures max (comme c’est conseillé), en consommant, de facto en moyenne cinq. Nous verrons donc :

Serviettes consommées annuellement : (5×3)x12 = 180
Tampons consommés annuellement : (5×5)x12 = 300

Maintenant, amusons-nous. Après avoir calculé le prix à L’UNITE des serviettes les moins chères et les plus chères, et avoir fait la même chose avec les tampons (d’après les chiffres que je vous fournis), cela nous fait :

Le moins cher :
(180 x 0,0495€) + (300 x 0,10€) = 38,91€

Le plus cher :
(180 x 0,178€) + (300 x 0,15€) = 51,92€

Tout ceci, en admettant que vous n’ayez besoin que de 180 serviettes dans l’année, et 300 tampons. Évidemment. Toute femme étant unique, celles qui ont des règles intenables peuvent aisément tripler le prix. Naturellement, ici, nous n’avons pris que le plus basique de chaque gamme. On repassera pour les « options ».

Qu’est-ce que j’en ai à carrer, moi ? Je me rase bien, non ?

regles-string

Ouaiiiiis, et ça a même été l’argument principal de nos chers députés zé porte-parole du peuple. Parce qu’en fait, le site economie.gouv.fr, nous dit que  :

« le taux réduit de 5,5 % (art. 278-0 bis et suivants du CGI) concerne les produits alimentaires, équipements et services pour handicapés, abonnements gaz et électricité, fourniture de repas dans les cantines scolaires, fourniture de chaleur produite à partir d’énergies renouvelables, livres sur tout support, billeterie de spectacle vivant, logements sociaux et travaux d’amélioration de la qualité énergétique des logements, livraisons d’œuvres d’art effectuées par leur auteur ou ses ayants droit. »

En d’autres termes, des produits de « première nécessité » théoriquement. Je dis « théoriquement » parce que pour les spectacles vivants, je ne suis pas convaincue de leur potentiel d’alimentation et/ou de chauffage. Oh, n’oublions pas les œuvres d’arts… Tiens, c’est marrant, ces deux derniers points, ça pue les petits cadeaux à ceux qui ont les moyens de se les offrir, mais je me tais, on va me traiter de gauchiasse encore

Et donc, nos chers députés (en majorité de sexe masculin, j’insiste !) ont refusé cette baisse parce que « tu comprends, la mousse à raser, c’est pas non plus de la première nécessité, et comme c’est à 20%, j’vois pas pourquoi les pimbêches auraient des avantages. Vous vouliez l’égalité ? BIM DANS TON STERILET, CONNASSE ! »

Nous entendons donc des hommes décider pour des produits féminins. Nous les voyons faire le parallèle entre le poil facial et le filet de sang suintant des règles. En d’autres termes : ne rien porter en protection hygiénique revient à arborer le bouc. Pas certaine que tout le monde apprécie si l’on peut nous suivre à la trace, d’autant que ces dernières années, quand on voit comment les barbus rendent tout le monde nerveux, je repenserais la question du rasage…

Tampax – Collection Automne-Hiver. L’art de porter la ficelle qui dépasse.

 

tampon-nouvelle-modeMaintenant que vous savez, Mesdames, que vos tampons et vos serviettes ne sont que des accessoires de mode destinés à faire croire que vos chamboulement internes sont délicats à gérer ; maintenant que vous avez enfin accepté l’idée que porter une serviette Always a plus de valeur qu’arborer un Klimt d’origine dans votre salon ; il ne vous reste plus qu’à savoir vous carrer l’tampon dans la chatte avec style !

Car, à 20% de TVA, j’peux vous dire que ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir la classe en « Nana ».

Rentrée entre les lèvres, dépassant légèrement, cachée par le string, ou carrément affichée, votre ficelle de tampon saura témoigner de votre opulence, de votre goût imparable pour les « accessoires de mode » et ira à merveille avec votre bracelet en jade acheté récemment sur un – évident et féminin – coup de tête !

Côté serviettes, pour les plus pauvres, le modèle « couche-culotte-vieille-grand-mère » fera de véritables ravages, si vous avez la chance, Mesdames, d’attirer les fans de Cougars, MILF et autres Granny. Sinon, il faudra soit accepter de payer plus cher (mais quand on est coquette, on s’en donne les moyens), ou bien errer cul-nu dans le métro, une tache carmin aux fesses, revendiquant par la même votre refus de sur-consommation.

 

Bref, vous l’aurez compris : à chacune son style, et vive la France !