Avec l’affaire Morano, une réflexion de longue date m’a repris : Nous qui nous sommes insurgés contre ses propos, nous qui fustigeons les différents buzz de Robert Ménard, nous qui crions à qui veut l’entendre que jamais, au grand jamais, nous ne voterions FN, nous qui déplorons l’état de notre France aux relents pétainistes et colonialistes ; serions-nous soudainement devenus aveugles, sourds et muets ?

Devant cette France qui s’enlise dans le nationalisme, le radicalisme, la xénophobie, et le mysticisme, que faisons-nous ? Nous partageons des idées. Sur Internet, dans de longues discussions, parfois même nous conversons avec nous-mêmes. Mais nous faisons-nous entendre réellement ?

Le Peuple, la fable de l’opprimé.

Michel Onfray a défini récemment « Le Peuple » par ceci : « Ceux sur qui s’exerce le Pouvoir ».

Si de prime abord j’étais en total accord avec cette définition, j’ai récemment repensé les choses sous un angle nouveau : celui de l’objectivité. Il ne se passe pas un jour sans que je ne lise une plainte. On se plaint des racistes, on se plaint des finances, on se plaint de la Politique, on se plaint des médias, on se plaint de la pollution, on se plaint de la bêtise de la télévision, on se plaint de l’éloignement des hommes, on se plaint du retour de la religion, on se plaint du manque de Démocratie.

Oui, on se plaint. Beaucoup. On ne fait que ça.

Nous adorons dire – à qui ne veut surtout pas l’entendre – combien nous sommes malheureux, mais profondément démunis. Après tout, c’est chose connue : c’est de la faute des autres. Michel et Micheline n’ont pas plus de pouvoir dans leur PMU que Kevin et Kevina devant leur compte Snapchat. Les vieux disent qu’il ne faut plus voter pour les mêmes enculés qui nous ont trompés, et les jeunes, que le vote ne sert à rien. Les deux ont raison, et les deux ne font rien.

Rien, en dehors de commenter des articles sur Le Figaro, alimentant le léviathan du FN – que sa nageoire droite soit Zemmour, ou Morano. Rien en dehors du partage d’images et textes « humanistico-philosophiques », en espérant pouvoir toucher les rares +100QI de leur timeline. Rien en dehors du fait de croire, pour certains, en d’anciens mythes, qu’ils soient religieux ou politiques, charriant ainsi des pensées d’un siècle qui devrait définitivement rester mort.

Rien, en dehors de cette fable qu’est « Le Peuple, c’est ceux sur qui s’exerce le Pouvoir. »

« Dêmos » n’a jamais voulu dire « L’élite »

Et pour cause ! Si l’on vous dit que l’on est en Démocratie, l’on vous ment. Nous sommes dans une Aristocratie déviante. Où notre « élite » n’est plus intellectuelle, mais seulement financière. Mais vous gobez ce mensonge, allègrement, car il vous rassure.

Si, si, même toi qui sais que notre mode de scrutin est une vaste fumisterie. Toi, en particulier – moi, en d’autres termes – tu adores faire l’éloge de la Pensée, écouter de grandes discussions d’intellectuels, lire et te cultiver… Mais tu ne branles pas grand chose de plus.

Une fois que nous sommes tous arrivés à la conclusion du « tous pourris », Marine le démon, Zemmour le collabo, TF1 la raclure de bidet ; une fois que nous avons fait ce petit « travail de citoyen éclairé », on remet tous notre main dans le falzar avant de roter de contentement.Oui, parfaitement !

Parce que nous avons tous renoncé à notre pouvoir. Nous avons tous accepté l’idée que nous ne pouvions rien faire d’autre pour enculer le système que de mentir sur notre date de naissance sur Meetic. Nous croyons faire preuve de résistance lorsque nous « likons » des pages d’humour noir, lorsque nous condamnons des propos racistes, lorsque nous éteignons la télé. Mais la vérité, c’est que nous avons baissé les bras. Nous avons oublié ce que « Démocratie » signifiait. Nous sommes devenus aveugles, sourds, et surtout muets !

Hurler est un travail de longue haleine

Et là, en toute logique, vous allez me dire : « Mais qu’est-ce que je peux faire de plus ? Tu vois bien que les richesses sont détenues par 1% de la population mondiale ? Que les glaciers fondent parce que Volkswagen prétend fumer de la mentholée ? Voter ne sert à rien, la Démocratie est un mensonge, ceux qui prétendent le contraire sont des moutons ».

Oui, et non. Ceux qui croient encore au pouvoir du vote sont naïfs. Mais ceux qui, comme moi, refusent que Démo signifie « Coca-Cola », on vous répond ceci :

Combien de temps encore allez-vous laisser le 1% parler en votre nom ?

« Quoi ? Comment ça ? Jamais personne ne parle à ma place, t’es malade ! » Vraiment ? Et lorsqu’un politique, un journaliste, un polémiste, une marque, un sondage, qu’importe, vous dit « les Français pensent » ou encore « les Français veulent » ou encore « les Français disent » ; lorsque vous entendez/lisez cela, que faites-vous ?

Vous pestez mentalement ? Vous partagez votre indignation sur les réseaux sociaux / avec vos proches ? Vous renoncez plus encore ? Oui. Vous allez probablement même faire toutes ces choses à la fois. Mais à quel moment réellement allez-vous oser faire entendre votre voix. Votre véritable voix.

Pas celle qui est volée et détournée, à peine glissée dans l’urne. Non. Je parle de votre voix de citoyen. Votre opinion. Votre pouvoir du peuple, votre Démocratie.

Quand allons-nous donc prendre nos claviers/plumes pour répondre directement à ce 1% que « Non, les Français n’ont pas besoin de portes-parole. » ?