Même si on s’en doutait fortement, et ce, depuis la première annonce il y a deux ans sur son retrait ; là, depuis plus de deux heures, je trépigne sur mon siège et ronge mon frein, hésitant fortement à troquer mon café pour du « Jus de Placenta  de bébé » et à m’enfiler quatre ou cinq clopes en simultanées.

Je lis son discours et j’entends la musique de Starship Trooper. Je vois le drapeau Améri-Pardon, le drapeau Français qui flotte : son bleu Marine, son blanc royaliste, et son rouge fausse-couche. Je vois l’ex-Président qui se dresse sur la pointe de ses talonnettes pour nous montrer combien il est grand désormais. Je vois la Morano qui mouille sa culotte « I Love Nico », je vois la Bernadette qui serre frénétiquement son sac à main de peur de nous péter un infarct’ avant le retour du grand sauveur. Je vois les jeunes-pops nous préparer un lib-dub enthousiaste comme eux seuls savent faire. Je vois les journalistes politiques en train de balancer leur petit papier prêt depuis deux ans et dégainer leurs analyses toutes faites.

Le retour de Nicolas Sarkozy

Je lis son discours, et je vois les RayBans, Le Fouquet ‘s, Kadhafi, Le Karcher, Le chômage, Le débat sur l’identité nationale, Le salon de l’agriculture, l’affaire Bettencourt, l’affaire Bigmalion, le fils Sarkozy à l’Epad, l’épouse aimante Bruni, ses comptes de campagne, les écoutes, les sondages de l’Elysée, la Libye, L’affaire Lagarde/Tapie, les déplacements financés étrangement, la carte de crédit de sa femme, L’affaire Karashi ; par-dessus tout : je vois son bilan en tant que Ministre de l’Intérieur et son bilan en tant que Président de la République.

Je lis son discours et je vois « l’homme qui nous a compris ». Je vois un homme qui est « obligé de revenir », qui se pose en sauveur, détrônant au passage le Christ de Mme Boutin.

Lorsque je lis le début de sa remarquable plaidoirie, aux mots « J’ai pu prendre le recul indispensable pour analyser […] », je vois ici l’aveu d’une déclaration faite « sur le coup de l’émotion ». N’avait-il donc pas le « recul nécessaire » lorsqu’il annonçait qu’il se retirait de la vie politique ?

Lorsque je lis « J’ai pu échanger avec les Français, sans le poids du pouvoir qui déforme les rapports humains. », je vois surtout là un homme qui explique que le poids de la Présidence est trop conséquent pour éviter un « Casse-toi pauv’ con ! ».

Lorsque je lis « J’ai senti chez beaucoup de Français la tentation de ne plus croire en rien ni en personne […] », je vois la présomption d’un homme qui croit que son départ est la cause de ce désarroi et qui se gave de cette mélancolie fabriquée par les médias.

Lorsque je lis « Je me suis interrogé sans concession sur l’opportunité d’un retour à la vie politique que j’avais arrêtée sans amertume et sans regret. », je vois le mot « opportunité » utilisé pour décrire la situation de notre pays. Je vois le roquet baveux qui frétille à l’idée de se présenter au « moment adéquat ». Et je vois aussi dans le mot « regret » une contradiction avec sa promesse de ne plus jamais revenir. La seule, peut-être, qu’on aurait aimé voir tenue.

Lorsque je lis « Car, au fond, ce serait une forme d’abandon que de rester spectateur de la situation dans laquelle se trouve la France […] », je vois un soldat fier prêt à se « sacrifier » pour son pays, conscient de la détresse de celui-ci. Je vois un homme qui se dit surtout qu’il peut revenir, car il y a « pire » au pouvoir, et qui s’imagine que les conneries faites par le gouvernement actuel pourront permettre de passer les siennes (passées et futures) sous silence.

Lorsque je lis « Je suis candidat à la présidence de ma famille politique […] », je vois non pas l’arbre UMP mas bien la flamme FN qui semble brûler si ardemment ces derniers temps à droite.

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Lorsque je lis « Je proposerai de la transformer de fond en comble, de façon à créer […] un nouveau projet […] », je lis la volonté d’un homme de faire « bande à part », tous derrière lui, détruisant ainsi le parti qu’il a lui-même créé il y a des années et qu’il a lui-même mis à genoux.

Lorsque je lis « J’aime trop la France […] »,  je vois surtout son amour pour ses caisses et sa capacité à payer pour ses sorties au restaurant.

Lorsque je lis « […] je suis trop passionné par le débat public et l’avenir de mes compatriotes pour les voir condamnés […] », je vois surtout un homme passionné par l’idée de pouvoir en retirer une immunité judiciaire et ne pas se voir « condamné »…

Lorsque je lis « On ne fait rien de grand sans l’unité de la nation. On ne fait rien de grand sans espérance, sans perspective. », j’ai une larme à l’œil et les ovules prêts à se faire inséminer par tant de bravoures ! Mais mon cerveau malade ne cesse pourtant de me rappeler que l’unité actuelle nous a été apportée par ce même « grand homme ». Tais-toi donc, laisse mes hormones y réagir !

Lorsque je lis « Il nous faut tourner la page des divisions et des rancunes afin que chacun puisse s’inscrire dans un projet, par nature, collectif. », je vois surtout là un homme anxieux à l’idée que l’on puisse ne pas oublier ce qu’il a fait. Je vois ici la supplique d’un condamné, demandant au bourreau (Peuple, ne l’oublie pas) de « tourner la page […] des rancunes ».

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Et lorsque je lis « Que chacun soit convaincu de la force et de la sincérité de mon engagement au service de la France. », je ne vois rien d’autre que ma cuvette des chiottes tant j’ai envie de vomir après cette diarrhée verbale.

Maintenant, je lis les réactions des journalistes et du « peuple » et je ne comprends pas. Je ne comprends pas que les médias s’interrogent sur la « possibilité de revenir en politique quand on a de graves accusations au cul ». Je ne comprends pas les Français qui n’hésitent pas à le qualifier de « Boss » ou de « Patron » alors que la France n’est ni une famille archaïque, ni une entreprise, mais bien un Pays.

Je ne comprends pas que l’on puisse croire un seul instant qu’il revient dans le seul but de servir la France… Pendant dix ans, il était au service des Français, payé par les Français et ce qu’il se passe aujourd’hui, il a contribué à le façonner hier !

Comment peut-on avoir le droit de vote et l’utiliser ainsi ? Je lis partout des « Il va redresser l’image de la France », alors que moi,  j’ai en tête la couverture de NewsWeek au sujet de la montée des extrêmes en Europe. C’était ce « même homme providence » qui était en couverture les mecs !

[UNSET]

Allons-nous n’avoir comme choix que Sarkozy/Le Pen ? Rollex ou bottes cirées ? Karcher ou Chambre à Gaz ?

Et là, dans les médias, on nous parle de l’avis du peuple ! Même chose côté sondages, c’est toujours « l’avis des Français ». Vous êtes de gros malades ! Il ne s’agit que de l’avis de français SONDES qui ont SUIVI l’actualité. Une minorité dont la voix, monnayée, se fait sur-entendre partout et conditionne ensuite le vote des veaux que nous sommes !

Illustration de Pawel Kuczynski
Illustration de Pawel Kuczynski

Vous allez vouloir à nouveau de Sarkozy parce qu’Hollande vous a déçu ? Mais il n’était qu’à votre image, à l’image de la France, aussi médiocre qu’il ne la laisse paraître ! L’état de la France n’est pas le fait d’un seul homme, mais surtout d’un peuple qui oublie fréquemment l’histoire de son pays et son histoire politique. Vous avez voulu Sarkozy et vous l’avez eu, vous l’avez haï et vous avez porté Hollande au pouvoir et maintenant, vous pleurez comme des merdes sans conscience politique en demandant timidement « Bravo Monsieur Sarkozy, mais, s’il vous plaît, tenez vos promesses cette fois-ci ». Et j’ai lu mot pour mot ce putain de commentaire minable sur la page Facebook !

Vous vous sentez heureux et en pleine capacité de faire vos choix… ? Vraiment ? Vous croyez avoir le droit de vote alors que pour vous TF1 est une bonne chaîne d’information et que Nabilla est un exemple de culture à suivre ? Vous allez sabrer le champagne (vu aussi en commentaire), mais quel champagne ? Celui que seule une petite partie de la population peut encore s’offrir ?

Votre France, c’est « la France Forte » ? Comme l’était l’Allemagne d’Hitler : « Un peuple, un Empire, un Chef » ?

Votre révolution tant attendue, c’est ça ? C’est le retour d’un homme qui se rêve Napoléon, mais qui n’a même pas l’envergure d’un Bonaparte… ?

Une du Point