Et déjà la vieillesse qui me guette : J’oublie que j’ai un blog, je n’arrive plus à mettre en forme mes idées et bordel… Cette infamie qui me fait prendre conscience que ce n’est pas de la faute du Poustik, mais bien du temps.

Il y a dix ans, j’avais l’âge du Poustik, j’étais persuadée que j’allais faire une grande carrière dans le commercial ; mon rêve était de bosser dans un open-space en tailleur-pantalon, une clope accrochée à mes lèvres rouges.
Je me voyais femme d’affaires dix ans plus tard, jeune célibataire vivant dans un appart’ design et ayant des copines obsédées par le sexe, collectionnant les hommes virils et pervers dans un lit aux draps hors de prix.
A son âge, j’étais super forte à Tomb Raider, les MMO n’étaient pas aussi répandus, je venais d’avoir mon premier portable (qui était en couleurs en plus!!!) et je marchais, voûtée, le pas aussi traînant que ma voix quand je m’adressais aux adultes.
De mémoire, les Minikeums n’existaient plus, c’était déjà la fin de MnK, le remix « à la mode des djeunz », Charmed avait enfin fini sa série et… Oh, oui… « Plus belle la vie » n’existait pas. On téléchargeait avec Emule qui venait de remplacer Kazaa et les MP3 étaient hors de prix.
Apple n’était qu’une marque de nerd en mal d’arguments concernant les pcs, Steve Jobs n’était pas un dieu, Facebook n’existait pas. On parlait via MSN en faisant « wizzer » notre écran et les blogs étaient en pleine effervescence.

A ce propos, on a longuement critiqué le manque de profondeur des blogs. Pour au final voir débarquer FaceBook et Twitter. Comme quoi, on aurait dû la fermer et s’estimer heureux de lire des poèmes bâclés d’ados boutonneux.

En fait, il y a dix ans, je me sentais « grave incomprise, les adultes sont trop des cons, quoi, j’veux dire, tu vois ? Grave ? Trop ! »

C’est vrai ! J’avais même pas le droit de me maquiller à l’école. J’avais pas le droit d’avoir mon deuxième trou à l’oreille et en plus, comble de l’oligarchie familiale, je devais aider dans la maison pour avoir mon argent de poche !! Attends, toutes mes copines, elles avaient juste à l’exiger quoi. Leurs parents étaient dressés putain !
Nan, c’est vrai, mes parents, c’était réellement des putains de cons ! La preuve la plus flagrante, c’est qu’ils ne comprenaient même pas ce que je disais. J’parle pas de vocabulaire, non ! Les parents, c’est tellement vieux dans la tête qu’il faut un teaser et des sous-titres pour leur faire comprendre pourquoi on est si mal chez eux !
Mais ouais ! Ils me faisaient répéter, tu vois ? Nan, mais… Répéter genre bien trois fois en me disant « ARTICULE ! » ou « PARLE LENTEMENT ! ». Et quand j’disais des mots comme « radin » ou « mytho », ils me prenaient par l’épaule avec un dictionnaire (Rah les nazes) pour me montrer qu’en fait, ça voulait rien dire dans le contexte.

Attends, mais c’est eux qui étaient « incontextuels » j’veux grave dire, j’te f’rais dire, quoi !

Bref, j’étais une ado parfaitement équilibrée qui avait, mine de rien, beaucoup d’amour de la part de ses vieux. C’est vrai, avec le recul, je pense que j’ai eu de la chance qu’ils se moquent de moi que quand j’avais le dos tourné. Ils auraient pu le faire en face (et Dieu sait que ça démange face à un ado). Mais non ! Ils ne m’ont jamais bridée, et ça m’a permis de leur sortir le fameux « De toutes façons, j’m’en bas les couilles, j’vais partir d’ici ! » Mais jamais trop en face hein, sait-on jamais qu’on mériterait des baffes, tiens !

J’ai grandi entre-temps, j’ai eu le temps de présenter mes excuses à mes parents pour mes conneries. Et encore, j’ai pas fini. J’ai eu le temps de leur dire « merci » pour leur patience des fois (ouais, parce qu’en fait, à titre personnel, j’en aurais pas eu.). Mais en fait, à force de grandir et de prendre le temps, dix ans se sont écoulés. Et, avant même d’être maman, je me suis rendue-compte que j’étais déjà vieille.

Le Poustik a treize ans, bientôt quatorze en fait. Elle est en troisième, se maquille depuis déjà un an officiellement à l’école (?!?), a un portable depuis son entrée au collège (?!?), son portable actuel est un smartphone (Eh ben le mien, eh ben, le mien, ben il a un clavier azerty, na!), Elle porte déjà des vêtements noirs genre « oh, j’suis goth, trop mdr », deux ans avant que je commence mon délire (précoces ces jeunes), et pour elle, un ordinateur, ce n’est qu’un accès à Internet. Notons qu’il y a déjà un conflit de générations… Quand je lui parle « d’avant » la plupart de ses réactions sont « Naaaaan, arrête de te foutre de ma gueule, c’bon… » Et moi… ? Je fais quoi ? Je baisse la tête parce que je n’ose pas avouer, que, si, « avant », c’était impensable un To en clef USB.

Quand le Poustik me parle, je comprends la moitié des mots, j’entends vaguement sa tentative de communication et je lui demande jusqu’à quatre fois de répéter LENTEMENT. Ça l’agace, et moi, j’me dis que c’est la faute de mon portable QUI N’EST PAS TACTILE ET JE VOUS EMMERDE !
Quand elle dit « SWAG » je comprends « Secretly we are gay » et pas « trop la classe, mdr, olol² ».
Quand elle me parle de ses angoisses, je peine à la rassurer autrement que par des « C’est comme ça la vie. » ou encore « C’est pas si grave. » Alors, que, bordel, Kevin a embrassé Kevina alors qu’il sort avec Diana quoi !!
Du coup, j’me dis que c’est parce que les nouvelles générations viennent d’une autre planète. Je n’ai pas d’autres explications. C’est vrai, vous vous diriez quoi, vous ?

J’suis une putain de grande-soeur ! Mon rôle c’est d’écouter et de conseiller, et puis, zut, merde et crotte, je n’ai que vingt-trois ans quand même ! Même pas un quart de siècle. Alors pourquoi j’comprends rien aux jeunes ?
Eh ben en fait, je sais maintenant pourquoi. Ce n’est pas de la faute de mon portable qui est déjà une antiquité, ce n’est pas non plus (ou pas trop du moins) la faute des jeunes qui sont justes plus cons qu’avant. Non, en fait, c’est moi qui deviens conne. Vous savez, la vieille conne !

Je l’ai découvert grâce à un reflet brillant dans mon miroir. J’étais au tel avec ma mère et on parlait boulot, argent, Noël etc. Comme je suis fauchée, ma couleur n’est pas à jour depuis un bail, ça ne se voit pas spécialement… Mais ça laisse sa place à ce qui ne devrait pas exister à mon âge.
J’finissais de me maquiller en toute urgence car on venait de m’apprendre que j’embauchais deux heures plus tard. Alors, quoi de plus normal, je lance un rapide check sur le grand miroir de la salle de bain. Pleins fards sur ma bouille qui a reprit du poids et là. Mais merde ! Là, ya un truc qui brille au sommet de mon crâne.

Ce n’était pas la première fois que je voyais ce mirage, et puis, il faut avouer que j’ai autre chose à faire que de regarder mes cheveux (pour preuve leur aspect indomptable et indompté quotidien). Maman me parle, moi, j’m’approche, et là, je pousse un « Oh, merde, non, non, NON ! ». Maman s’arrête, me demande presque paniquée ce qu’il y a et moi, je ne réponds pas, toute absorbée par ma macabre découverte. Je colle mon petit nez retroussé sur la vitre, les yeux grands ouverts, j’attrape le coupable d’une main et je tire un peu, le tors, j’essaye d’analyser presque calmement les preuves.

« Putain, putain, maman ! PUTAIN ! » J’entends à peine qu’elle me demande de m’expliquer, voir de me calmer, car je lui fais carrément peur là.
Le truc brille pas mal en plus ! Un beau reflet argenté qui m’aveugle presque mes jeunes yeux. J’essaye de me calmer, c’est vrai, j’ai des cheveux blonds, bruns, roux. Donc, ce n’est peut-être qu’un blond platine après tout !
Vérifions. Je tire dessus, il se détache sans trop de difficultés (mauvais signe) et je l’observe sous tous ses manques de kératine.
Je pâlis, presque autant que le cheveu dis-donc et me retiens au lavabo qui, soit-dit en passant, mériterait un bon coup de javelle.

« Mamaaaaaan ! J’ai un putain de cheveu blaaaaaaanc ! »

J’vous ai parlé du fait que mes parents avaient eu la délicatesse de ne se moquer de moi qu’en privé, hein ? Ben pas là.
J’entends un rire sadique, vicieux et heureux retentir dans le téléphone. Un rire qui peine à se calmer et qui ne fait qu’attiser ma propre horreur ! Le cheveu, lui, me nargue et semble, lui aussi, se foutre de ma gueule à vrai dire. La salle de bain se met à tourner, mes jambes à trembler, mais pas trop, car ça me fait mal au dos et aux genoux maintenant… Je retourne dans le salon, j’allume une clope et j’entends, entre deux fou-rires à peine réprimés, ma mère oser, OSER me dire : « Mais, t’en fais, pas, mon premier, j’avais ton âge aussi ! ».

Mais… Mais… Mais je t’EMMERDE ! Je me redresse, manque de me vautrer sur la table-basse en beuglant paniquée : « C’est pas pareil, parce que toi, à mon âge, t’étais déjà une maman et que… Bah c’est normal d’avoir des cheveux blancs quand on est une maman ! »

Et la voilà repartie dans une crise de rire. C’est pas drôle ! C’est pas normal ! C’est pas juste !

Je me calme, je raccroche, je suis en retard, j’avise ma tenue et décide de changer de vêtements. J’enfile un T-shirt avec le blason de la Horde, j’ai un jean pourri qui traîne au sol, j’mets mon écharpe Serpentard parce qu’il fait froid et branche mon vieil MP3 (Qui ne supporte que 14 chansons…) et j’écoute du… SUM 41 !
Et pis, d’abord, j’suis pas vieille !

Aller, zou ! En route pour le bus, j’ai pas l’permis, comme une djeunz d’abord ! J’paye pas parce que je suis trop rebelle (ou parce qu’en fait, j’ai pas un euro en poche, mais c’est plus « kwel » de le dire comme ça) ! J’me mets au fond, ouais, parfaitement, et j’lance un regard noir digne de mes folles années de lycée. Je suis trop une rebelle, mwahahaha je fais peur aux vieilles !
Eh ben même pas… Je suis silencieuse, polie et les gens me sourient. Mais merde ! Vous devez avoir peur ! Les vieux ont peur des jeunes quoi ! J’entends un « Madame ? » un peu timide, j’vais défoncer l’impudent qui me rappelle que j’ai plus quinze ans. Et je le vois.

Ou plutôt, je les vois : Ils sont quatre. Ils doivent même pas avoir seize ans les cons. Ils sont fringués comme des jeunes, les filles font pouffes, et les mecs asexués. Oh, bordel, c’est moi qu’ils appellent « Madame » avec déférence. Mais c’est quoi ce monde ? Les vieux, réagissez quoi, j’fais partie de la banque, oui ! Encore !
Bah non. Les « vieux », ils ont à peine dix ans de plus que moi, maintenant, et ce sont ces gamins qu’ils regardent de travers. Parce que ces gamins écoutent de la musique forte, de mauvaise qualité (pire que la nôtre) et qu’ils parlent de ce monde « trop pourrit, t’façons, j’vais habiter aux « staïtses » ».

J’arrive au boulot, on m’annonce que je vais bosser sur une étude précise. Ah bon ? Encore des crayons pour les yeux ? Une brume solaire ? De la cire épilatoire ?
Non ! Une crème anti-rides.

C’EST PARCE QUE J’AI DES CHEVEUX BLANCS MAINTENANT, C’EST CA ?!?

Putain ! Maintenant, je sais. Je comprends pourquoi ma sœur ne me parle plus. Pourquoi elle m’appelle rarement et me dit toujours « oh, ça va, la vie, j’ai de bonnes notes » et pas « t’sais pas quel délire on s’est tapé en cours avec mes potes ? ». Je sais pourquoi. En fait, elle a dû sentir à ma voix que, maintenant, quand je prendrai une couleur, je ne me moquerai plus du « couverture optimale des cheveux blancs »…